OGM : « OU EST L’URGENCE ? »


Une interview de Christian Vélot par Guillaume Malaurie ( Nouvel Obs) 12.02.2009

Christian Vélot vient de publier aux Editions Goutte de Sable «
Ogm, tout s’explique » préfacé par Gilles-Eric Séralini et Jacques
Testard .Lanceur d’alerte, ses travaux lui ont valu de participer au
Grenelle de l’environnement. Il est Docteur en Biologie et Maître de
Conférences en Génétique Mo¬léculaire à l’Université Paris-Sud. Il est
aussi responsable d’une équipe de recherche à l’Institut de Génétique
et Microbiologie (IGM, Institut mixte CNRS-Université) sur le Centre
Scientifique d’Orsay. Il est aussi membre du Conseil Scientifique du
CRIIGEN (Comité de Recherche et d’Information Indépendantes sur le
Génie Génétique) et du Conseil
d’Administration de Fondation Sciences Citoyennes.

L’avis des experts de L’Afsaa (l’Agence
française de sécurité sanitaire ) conclue à l’inocuité du Maïs
trasngénique MON 810 jusque là frappé d’un moratoire par le
Gouvernement français depuis le 11 janvier 2008. . Etes vous surpris ?

Non, malheureusement. Il est de notoriété publique que certains des
experts de l’Afsaa sont des partisans systématiques et de longue date
des OGM, que via l’Afis ( Association française pour l’information
scientifique), ils sont déjà montés au créneau pour démolir le film «
Le monde selon Monsanto » de Marie-Monique Robin et ont signé une
pétition favorable aux OGM. J’observe en outre que c’est un rapport «
secret » que celui de l’Afsaa et je ne vois pas filtrer d’études
quelconques nouvelles qui démonteraient les objections faites par
d’autres experts sur la base de recherches en bonne et due forme.

Après tout la controverse scientifique est saine ?

Oui, bien entendu. Mais encore faut-il entendre les objections. Comment
peut-on assurer que les OGM ne représentent aucun danger potentiel pour
la santé alors que l’on a encore jamais observé les conséquences d’une
telle alimentation sur des animaux plus de trois mois de suite ! Ca me
rappelle les communiqués rassurants et non moins catégoriques de
l’Académie de Médecine sur l’amiante. Il faut tout de même savoir que
l’une des recommandations essentielles du rapport Le Maho
( CPHA), consistait à demander courant 2008 de nouvelles recherches.
Notamment sur les effets concernant les espèces non ciblées. Mais aussi
sur la toxine du pesticide Bt introduite dans le maïs transgénique. Car
si cette protéine ne se replie pas correctement dans l’espace, elle
peut conduire, c’est rare mais possible, à des effets fâcheux.
N’oubliez pas que l’agent infectieux de la vache folle, le prion, n’est
autre qu’une protéine mal repliée. Demander des études complémentaires,
ce n’est tout de même pas exorbitant. Mais, enfin, où est l’urgence ?
Le temps marchand n’est pas le temps scientifique. Donnons de la durée
aux scientifiques pour qu’ils mènent leurs études sur les conséquences
de l’introduction des OGM sur les éco-systémes. Et in fine sur l’homme.
Si l’on vivait en Europe une situation de pénurie alimentaire
dramatique, je pourrais comprendre qu’on se hâte et qu’on lève le
principe de précaution. Ce n’est pas le cas. La seule impatience que
j’observe , c’est celle des grandes firmes semencières qui veulent
forcer une décision favorable à Bruxelles. Et lever le moratoire français.

.

Vous vous définissez vous-même comme lanceur d’alerte. Vous
êtes donc engagé dans ce débat mais vous travaillez de longue date sur
ces questions. Quels sont à vos yeux les doutes les plus lourds que
vous avez sur les Ogm ?

Ce qui est inquiétant, ce sont les effets non désirés et donc non
annoncés sur la faune non ciblée par l’insecticide introduit dans le
maïs génétiquement modifié. Et donc les effets sur la santé humaine.
Sur le lombric, mais aussi sur les guêpes prédatrices des œufs des
pyrales qui attaquent le maïs . Ces mêmes pyrales que l’insecticide a
pour tâche de détruire. Ce qu’il faut comprendre, c’est que la toxine
de la bactérie du sol Bt utilisée qui est naturellement efficace
uniquement contre la pyrale s’avère l’être aussi contre la sésamie. Et
puis il est désormais avéré , suite à plusieurs études récentes que la
toxine était aussi dangereuse pour d’autres animaux : les coccinelles (
Comme en témoigne une recherche suisse très récente) , les insectes
aquatiques et les daphnés ( puces d’eau). Ca mérite tout de même de
s’arrêter et de réfléchir. De répondre à ces carences d’évaluation au
lieu de nous condamner à devenir nous-mêmes des cobayes.

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