Un répulsif anti-moustique aurait un effet neurotoxique


Un répulsif anti-moustique aurait un effet neurotoxique

Article du Journal de l’ Environnement de S. Casalonga

Une équipe internationale menée par des chercheurs français a démontré un effet
neurotoxique in vitro de la principale substance employée dans les répulsifs
contre les insectes, dans une étude publié mardi 5 août (1).

Le N,N-diéthyl-3-méthylbenzamide (DEET), découvert en 1953,
est la substance active la plus utilisée dans les répulsifs contre les insectes,
notamment les moustiques. Près de 200 millions de personnes utilisent du DEET
chaque année et plus de 8 milliards de doses ont été employées depuis 50 ans,
selon les auteurs de l’étude.

Son mode d’action demeurait pourtant mal
connu. En tant que répulsif, il est censé uniquement repousser les insectes en
influant par exemple sur leur système olfactif. Or, Vincent Corbel de l’Institut
de recherche pour le développement (IRD) de Montpellier a montré que le DEET
pouvait également avoir un effet toxique, induisant la mort des moustiques.

L’équipe de Bruno Lapied de l’université d’Angers a ensuite démontré que
le DEET inhibait une enzyme clé du système nerveux central,
l’acétylcholinestérase, dans des tests in vitro sur des cellules d’insectes et
de mammifères. «Ce mode d’action similaire à celui des insecticides
organophosphorés et des carbamates [aujourd’hui interdits pour la plupart en
Europe] démontre l’effet neurotoxique du DEET», explique Bruno Lapied.

Le DEET renforcerait en outre la toxicité d’autres insecticides
anti-acétylcholinestérases avec lesquels il peut être utilisé en combinaison.
Des études antérieures ont d’ailleurs suggéré qu’un tel cocktail, alliant le
DEET et un antidote contre les gaz toxiques, serait à l’origine du syndrome de
la Guerre du Golfe se traduisant par des symptômes allant des maux de tête au
cancer du cerveau chez de nombreux vétérans.

Ces résultats suggèrent un
effet neurotoxique potentiel aussi pour l’homme. Une batterie de tests
toxicologiques permettra de confirmer ou d’infirmer cette hypothèse.

«Nos
résultats suggèrent que le DEET ne peut plus être considéré comme un répulsif
simple. Il faudra revoir sa classification -comme insecticide par exemple – afin
d’élargir la batterie de tests imposés», souligne Bruno Lapied. Aujourd’hui, le
DEET est encadré par la directive européenne sur les cosmétiques qui impose des
tests limités.

(1) «Evidence for inhibition of cholinesterases in
insect and mammalian nervous systems by the insect repellent deet”, Vincent
Corbel et al. Biomed Central Biology, vol.7, n° 47 (5 août 2009)

L’article en anglais:   ==>>            http://www.biomedcentral.com/1741-7007/7/47

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