Pollution de Crau: la nappe phréatique serait touchée


Pollution de Crau: la nappe phréatique serait touchée



Un article du Journal de l’Environnement de S. Casalonga


La pollution de la réserve naturelle de Crau (Bouches-du-Rhône) survenue suite à
la rupture d’un oléoduc le 7 août dernier est plus importante que prévue, a
annoncé lundi la Société du pipeline sud-européen (SPSE). Une mauvaise nouvelle
qui s’ajoute à l’inquiétude des associations quant aux impacts sur
l’environnement du chantier de dépollution en cours.

La nappe phréatique de la plaine de Crau située à environ 10 mètres de
profondeur, aurait bien été touchée par la pollution causée par le déversement
de 4.000 mètres cubes d’hydrocarbures. La SPSE, dont Total et Exxon sont les
actionnaires majoritaires, indique dans un communiqué du 7 septembre que «des
traces en hydrocarbures sur certains piézomètres [des outils de mesure installés
autour du site afin de contrôler l’état de la nappe phréatique] ont été
relevées». La secrétaire d’Etat à l’écologie, Chantal Jouanno, qui s’était
rendue sur les lieux de la catastrophe le 7 août, avait pourtant estimé
«extrêmement faible» le risque de pollution de la nappe et écarté tout risque
sanitaire lié à la consommation d’eau (1).

«Les piézomètres installés en
périphérie direct du site, restent très éloignés des points de captage d’eau»,
souligne Laure Carougeau, responsable de communication de la SPSE. La société
précise d’ailleurs que les analyses effectuées sur les puits et captages d’eau
potable ne révèlent aucun signe de pollution. Un nouveau piézomètre sera
installé en amont de la nappe afin de déterminer la part de la pollution
imputable à la fuite de l’oléoduc. Les résultats devraient être connus en fin de
semaine. Par ailleurs, un protocole de traitement de la nappe, en cas de
pollution avérée, est en cours de validation.

Deuxième mauvaise
nouvelle: le pétrole brut aurait migré plus profondément dans le sol. «Des
traces d’hydrocarbures ont été détectées à 3 m de profondeur en plusieurs
points, jusqu’à 70 m de distance du point de rupture du pipe, soit bien au-delà
de la limite des 40 centimètres jusqu’à présent évoqués», explique Axel Wolff,
chargé de mission à la réserve naturelle de Crau. Des analyses complémentaires
devront être réalisées. Mais en tout état de cause, la SPSE reconnaît que «ce
volume de terres complémentaire [à éliminer] sera certainement très
significatif». Les estimations antérieures avaient évalué la surface polluée à 5
hectares sur une profondeur de 40 cm en moyenne, pour un taux de pollution
allant de 3 à 9%, le tout correspondant à 36. 000 tonnes de terres à éliminer.
L’excavation d’environ trois-quarts de ces terres (27.000 tonnes) est
actuellement terminée et leur évacuation devrait avoir lieu dans quelques jours.
Les terres seront ensuite analysées puis envoyées vers la filière de traitement
la plus adaptée, précise la SPSE. Les 9.000 tonnes restantes correspondent à la
zone située sous les pipelines, plus difficile d’accès, qui n’a pu encore être
analysée.

«Je n’imagine pas quelle logistique devrait être mise en
place, alors même qu’aujourd’hui l’excavation d’une couche de 40 cm nécessite
une rotation totale d’environ 1.600 camions [60 à 80 camions par jour]»,
s’inquiète Axel Wolff. D’autant qu’un impact sur la couche d’argile située
au-delà des 40 cm, essentielle pour cet écosystème rare, aurait des conséquences
irrémédiables, selon Maxime Paquin, chargé de mission de France nature
environnement (FNE). Dans un communiqué du 7 septembre, FNE et trois
associations locales s’inquiètent d’ailleurs des conséquences des travaux de
dépollution. Elles constatent que «la SPSE ne respecte pas le protocole de
dépollution tel que défini avec les services de l’Etat, en dépit de l’avis et de
la désapprobation des gardes de la réserve naturelle». Le protocole, qui
proposait un suivi écologique du chantier par la réserve, a en effet été validé
par un arrêté préfectoral du 13 août. Mais il a finalement dû être modifié par
l’exploitant pour des raisons de sécurité et sans concertation en amont avec les
experts de la réserve. Axel Wolff déplore le doublement de la surface abimée par
le chantier par rapport à ce qui était initialement prévu. «Les engins roulent
et écrasent végétaux et animaux sur plus de 13 hectares de milieu naturel
protégé. Aucune voie d’accès n’a été définie en accord avec la réserve
naturelle», souligne FNE.

Dans un communiqué du 7 septembre, la SPSE
reconnaît que la mise en route du chantier installé en urgence, a été
«compliquée» et que toutes les dispositions du protocole «n’ont pas été
respectées, les premiers jours, dans leur intégralité». Elle indique cependant
que la situation s’est améliorée notamment grâce à l’instauration d’un sens
giratoire de circulation des véhicules et la réduction de la largeur des
pistes.

FNE déplore enfin l’interdiction d’accès du site aux journalistes
et la difficulté d’accès pour les gardes de la réserve en raison de
l’instruction judiciaire en cours. Les associations réclament une réunion
ouverte à tous les acteurs dont les scientifiques, pour établir un cahier des
charges définissant les modalités de dépollution, de restauration et de
compensation, mais aussi «une analyse sur l’état et les risques des
canalisations et installations industrielles, actuelles et futures qui
traversent la Crau», ainsi que «la création d’un comité de suivi des procédures
de surveillance pour l’ensemble des pipelines de la région».

Le communiqué de France Nature Environnement

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