Un rapport pro-gaz de schiste d’un eurodéputé polonais met le feu aux poudres


Un rapport pro-gaz de schiste d'un eurodéputé polonais met le feu aux poudres

L’avenir législatif de l’exploration et de l’exploitation des gaz de schiste demeure très incertain, à tout le moins sur le plan européen.

Très peu évoquée durant la campagne présidentielle, l’exploration des hydrocarbures de roche-mère n’en suscite pas moins des tractations houleuses au niveau européen.

 

Brûlant, ce dossier n’a été que brièvement abordé ces dernières semaines, alors même que l’hypothèse d’une autorisation de la fracturation hydraulique à des fins scientifiques est revenue avec force dans nos frontières, suscitant la colère et les craintes des écologistes. Ni Nicolas Sarkozy, ni François Hollande ne sont a priori opposés à leur exploitation, à la condition sine qua non que des méthodes respectueuses de l’environnement et validées par les autorités compétentes soient mises au point.

Nous n’en sommes pas encore là et pour l’heure, la fracturation hydraulique, qui fait encore tristement parler d’elle outre-Atlantique, demeure interdite dans nos frontières. Elle fait également l’objet d’un moratoire en Bulgarie et, depuis peu, en Allemagne ainsi qu’en Roumanie. À l’inverse, les pouvoirs publics polonais sont déterminés à exploiter le potentiel schisteux du pays, le plus important du Vieux Continent, afin de réduire la dépendance énergétique vis-à-vis de l’encombrant voisin russe. De même, une activité tellurique plus soutenue que d’ordinaire n’a au bout du compte pas amené le gouvernement britannique à renoncer à ses desseins initiaux, en dépit d’une suspension l’an dernier.

Varsovie et Londres ont en conséquence dû apprécier le rapport que vient de remettre l’eurodéputé polonais Boguslaw Sonik (Parti Populaire Européen Démocrates Chrétiens) à la commission environnement du Parlement européen au début du mois. Ce texte milite en effet pour l’exploitation des gaz, pétrole et huiles de schiste à l’échelle continentale, tout en plaidant pour des forages encadrés par une batterie des mesures préventives. Ainsi la qualité des eaux serait-elle par exemple évaluée « avant, pendant et après l’exploitation », relatent nos confrères d’Actu-environnement.com. Chaque pays aurait en outre « le droit de décider avec quel carburant il (voudrait) couvrir ses besoins en énergie » et « aucune interdiction ne pourrait être donnée au niveau européen ».

Inacceptable aux yeux des parlementaires et des ONG, qui souhaitent de leur côté l’application stricte du principe de précaution et une interdiction continentale motivée par la protection de l’environnement et, de fait, celle des citoyens.

« La mobilisation citoyenne contre les gaz de schiste au niveau de l’UE ne fait que commencer »

Ces derniers ont pu manifester leur mécontentement mercredi dernier (NDLR : au lendemain de l’examen par la commission des pétitions du Parlement européen de deux pétitions anti-gaz de schiste déposées par des citoyens bulgares et polonais), à l’occasion d’un débat âpre et que Michèle Rivasi (Europe Écologie-Les Verts, EELV) a jugé dans un communiqué « symptomatique de la question des gaz de schiste ». « En l’absence d’études d’impact officielles, qui devraient être publiées mi-2012, il est urgent d’attendre », a également estimé l’ancienne directrice de Greenpeace, pour qui « la directive sur l’évaluation des incidences environnementales doit être révisée » dans la mesure où « elle exempte les gaz de schiste d’études d’impact du fait d’un seuil d’extraction du gaz quotidien bien trop élevé (cinq cent mille mètres cubes par jour) ».

Et sa collègue Sandrine Bélier de renchérir : « La mobilisation citoyenne contre les gaz de schiste au niveau de l’UE ne fait que commencer. Les pétitions bulgares et polonaises […] montrent une prise de conscience et des inquiétudes grandissantes des populations vis-à-vis des dangers de l’exploitation de cette énergie non conventionnelle (eau, paysage etc.). Sont annoncées de futures saisines du Parlement par des citoyens français, belges, britanniques et roumains. La nécessité de renforcer les règles sur la transparence et les évaluations préalables à toute exploration ou exploitation relève plus que jamais de la responsabilité de l’Union Européenne (UE) ».

Le parti écologiste considère qu’« en l’état actuel des connaissances scientifiques, l’idée d’un moratoire doit prévaloir à toute décision définitive ».Telle est aussi l’opinion d’une coalition comprenant une quarantaine d’ONG européennes (dont Attac et Les Amis de la Terre) et qui prévoit de déposer une série d’amendements au texte de M. Sonik. Elle a de surcroît enjoint les Vingt-Sept à interrompre l’ensemble des prospections en cours, à abroger les permis déjà délivrés et à bloquer tout nouveau projet. « (Le rapport précité) se refuse à prendre en compte les innombrables pollutions chimiques et toxiques, les conséquences sanitaires, le gaspillage d’eau potable, la dévastation des territoires engendrés par l’exploitation des gaz et huiles de schiste aux États-Unis et ailleurs, préférant faire la part belle aux volontés des industriels pétroliers et gaziers », a dénoncé la coalition dans un communiqué repris par Actu-environnement.com. Elle redoute enfin que le texte fasse office de base de travail pour l’UE et conforte in fine « ses choix catastrophiques en matière de politique énergétique ».

S’il sera sans doute fortement retoqué d’ici là, celui-ci pourrait être voté en session plénière au Parlement européen à la rentrée prochaine. Entretemps, l’Agence internationale de l’énergie (AIE) aura publié ses recommandations pour une exploitation sécurisée des hydrocarbures de roche-mère. Si tant est qu’elle soit envisageable à ce stade.

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