CRIIGEN/ Micropénis, un lien découvert avec l’exposition des foetus aux pesticides


Mercredi 16 Avril 2014

Antonin Iommi-Amunategui, Rue 89, 16 avril 2014

A l’âge adulte, un pénis mesurant moins de 7 cm en érection sera qualifié de micropénis. Hormis ses dimensions réduites, le micropénis (s’il n’est pas associé à une malformation) fonctionne normalement. Mais pourquoi a-t-on un micropénis ? La cause peut être une exposition in utero à certains perturbateurs endocriniens (des « agents chimiques composés » responsables d’anomalies physiologiques et de reproduction).

Dans le peloton de tête des perturbateurs endocriniens susceptibles d’agir dès le stade fœtal : les pesticides. Cela fait des années que Charles Sultan, professeur en endocrinologie pédiatrique au CHU de Montpellier, tente d’alerter l’opinion au sujet de cette « pollution fœtale ».

« Explosion » de pubertés précoces et de micropénis

Autre effet possible des perturbateurs endocriniens : la puberté précoce. Des filles réglées ou dont la poitrine se développe dès 7 ou 8 ans. Ce dernier point pouvant aussi concerner des garçons. A Montpellier, 60% des fillettes venues consulter pour un problème de puberté précoce ont été exposées à des polluants environnementaux, qu’il s’agisse de pesticides ou de produits industriels.

En 2005, il demandait déjà [PDF] « un moratoire d’utilisation des pesticides et de tous les contaminants chimiques environnementaux ». Le professeur Sultan pointait alors du doigt les agences de surveillance sanitaire qui « tiennent des propos lénifiants, certainement pas à la hauteur des enjeux de santé publique ».

Il estimait enfin que nous avons en France « un lobby de l’industrie phytosanitaire tellement puissant qu’il dénie la Charte de l’environnement. »
Plus récemment, Le JDD rapportait l’évolution de ses recherches :    « Les travaux du professeur Sultan montrent que l’exposition à certaines de ces substances chimiques favorise les ambiguïtés sexuelles et les malformations génitales masculines : micropénis, malformations de l’urètre, testicules non descendus dans les bourses… »

Joint au téléphone, le professeur Sultan persiste et signe « des deux mains ». Il fait le point sur ses travaux et observations :

« Si vous êtes un enfant d’agriculteur, vous avez quatre fois plus de chances d’avoir une malformation génitale » ;    « En trois ans et demi de travail, nous avons collecté 350 hypospadias [une autre malformation génitale, ndlr]. Environ 5% des cas sont d’origine génétique… Si vous éliminez les causes génétiques, il reste quoi ? L’environnement » ;     « Il y a une explosion des pubertés précoces en Languedoc-Roussillon [son terrain d’étude, ndlr] » ;     « Nous n’avons jamais eu autant de micropénis en consultation. »

Pour le pédiatre, il ne fait aucun doute que le fœtus est fortement soumis à une perturbation endocrinienne :     « Une étude finlandaise publiée il y a quelques semaines dans la revue Food and Chemical Toxicology révèle même la présence de pesticides dans le placenta. Avec 15 à 20 perturbateurs endocriniens dans chaque placenta étudié, et jusqu’à 46 pour la moitié d’entre eux. »

Pour une « abolition pure et simple des pesticides »

Aujourd’hui, après quinze années de recherches sur ces questions, après « l’appel de Montpellier » lancé par un collectif l’an dernier en faveur d’une réduction de l’usage des pesticides, le professeur Sultan est pour une « abolition pure et simple des pesticides ».

L’exposition aux pesticides est d’ailleurs loin d’être réservée aux seuls agriculteurs et à leurs enfants : une équipe de scientifiques américains conduite par Mary H. Ward, du National Cancer Institute a ainsi démontré que les pesticides agricoles contaminent directement l’environnement (et donc les habitations) dans un rayon de 1 250 mètres [PDF] autour de la zone de traitement.

Sans parler de ceux qu’on retrouve dans l’eau potable (ou le vin) et des résidus de pesticides dans les aliments.

Néanmoins, à Montpellier où le professeur Sultan exerce, le tiers des malformations génitales du garçon survient chez des enfants d’agriculteurs. Comme le rappelle un rapport parlementaire consacré aux pesticides, la communauté scientifique a déjà reproché au professeur Sultan « de ne pas avoir mené d’enquête épidémiologique sérieuse et de ne pas s’être fondé sur des statistiques incontestables » ; mais l’existence d’effets négatifs des pesticides sur la reproduction est validée « avec certitude ».

Cet article, publié dans agriculture, santé, est tagué , , , , , . Ajoutez ce permalien à vos favoris.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s