Crise de l’élevage, crise de modèle / Gilles Luneau, rédacteur en chef de GLOBAL


Crise de l’élevage, crise de modèle

Gilles Luneau, rédacteur en chef de GLOBAL

  • Depuis « la nuit de l’élevage en détresse », lancée le 2 juillet dernier par la FNSEA et son organisation de jeunesse « Jeunes agriculteurs », les éleveurs sont dans la rue. Par centaines, ils ont bloqué des routes d’Ille et Vilaine, du Finistère, des Côtes d’Armor, de l’Orne, du Calvados, de l’Eure, de la Manche et aussi assiégé Caen et le Mont saint Michel pour protester contre la faiblesse des cours de la viande qui sont en dessous de leurs coûts de revient. Idem pour les éleveurs laitiers qui sont en concurrence directe avec le monde entier depuis la disparition du régime européen des quotas. Expression de désespoir d’hommes et de femmes ne pouvant plus rembourser leurs emprunts, ne pouvant même plus faire face aux dépenses courantes. Glissant vers la ruine totale.  Selon le ministre de l’Agriculture, Stéphane Le Foll, 20.000 élevages – soit 10 % des 200.000 élevages français (sur 490 000 exploitations agricoles) – sont en grandes difficultés financières. En Normandie, on parle de 15 à 25% des élevages en faillite à la fin de l’année. A ce train là, la campagne française va bientôt ressembler aux « pays les moins avancés » dont une des  caractéristiques est d’avoir des paysans qui grossissent les rangs de ceux qui ont faim.
  • Ce n’est pas le première fois que les campagnes bruissent du désespoir paysan. A chaque fois, des exploitations ferment et celles qui restent grossissent sur les ruines du voisin. Au ministère de l’Agriculture, dans les Chambres d’Agriculture, à la FNSEA et bien sûr à Bruxelles, on appelle ça « concentration de production » et « amélioration de la compétitivité ». Et quand ça ne passe plus, quand ça casse à la ferme, on trouve à chaque fois un bouc émissaire pour exorciser la colère légitime des vaincus par la main invisible du marché. Tour à tour, c’est la faute au gouvernement, à l’Union européenne, à l’industrie agro-alimentaire ou à la Grande distribution. Chaque fois, une salve de survivants s’endettent un peu plus pour « moderniser l’appareil de production ». Un sursis paré des atours d’une inévitable loi de la modernité. Grossir ou périr. Il faudrait ainsi obéir à une loi présentée comme mathématique donc incontournable. Tout ça fait marcher les banques, les marchands d’équipement agricole et les statistiques sur la croissance. Et l’agriculture n’en finit pas de crever. Lamentablement.  Sans compter la douleur humaine, aujourd’hui dans la rue. La campagne – réduite aux paysans- interpellant la ville sur sa détresse.

La suite :

http://www.globalmagazine.info/sous-les-etoiles/2015/07/22/crise-de-lelevage-crise-de-modele-1437582029

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