Les scientifiques et la société civile doivent construire ensemble une autre science, par Christian Vélot – mai 2016


Jeudi 26 Mai 2016

Capture d’écran 2016-05-26 à 13.16.11Dans le contexte actuel où la recherche et l’innovation sont de plus en plus pilotées par des intérêts industriels à court terme, la science et la technologie nécessitent de profondes transformations sociales, politiques, éthiques et juridiques pour un meilleur contrôle démocratique. Un profond fossé s’est creusé entre les citoyens et les scientifiques, lesquels, très souvent, n’inspirent plus la confiance mais la méfiance, voire la défiance. Et les grands scandales sanitaires et environnementaux de ces dernières années (amiante, farines animales, PCBs, catastrophes nucléaires…) n’y sont certainement pas pour rien.

 

Retisser les liens entre science, décideurs politiques et société civile est un gigantesque chantier. Cela implique a) de substituer une approche de recherche exclusivement confiée à la communauté scientifique, par des approches basées sur la volonté d’accéder à et respecter différentes formes de savoir ; (b) d’intégrer très en amont dans les politiques publiques de recherche, les enjeux sociétaux de la science et les outils de son orientation démocratique ; (c) d’élargir l’accès au savoir scientifique dans nos sociétés, en permettant à ceux que l’on qualifie trop souvent injustement de “profanes” d’interagir avec des chercheurs dans un dialogue équilibré et une co-construction des savoirs. Comment concevoir, par exemple, le développement d’un projet de recherche agricole sans interagir étroitement avec ceux-là mêmes qui ont inventé l’agriculture, et qui ne sont pas les chercheurs ni même les agronomes mais les paysans ?

 

Un tel chantier implique notamment une ouverture de l’accès des organisations de la société civile à des capacités d’élaboration de connaissances scientifiques, d’expertise et d’innovation(1). La recherche participative, qui repose sur un partenariat équilibré et une co-construction du savoir entre chercheurs institutionnels et organisations de la société civile ou groupes de citoyens, fait partie intégrante de ce processus de démocratisation de la science. Plusieurs programmes publiques promeuvent des projets de recherche participative avec un succès certain. C’est le cas du programme canadien ARUC[2] (Alliances de Recherche Université – Communauté), et de quelques programmes régionaux en France, tels que le programme PICRI[3] (Partenariat entre Institutions et Citoyens pour la Recherche et l’Innovation) mis en place par la Région Ile-de-France sous l’impulsion de Fondation Sciences Citoyennes[4] ou le dispositif ASOSC[5] (Appropriation sociale des sciences) en Bretagne.

 

La nécessité d’ouvrir la science à la société civile est particulièrement marquant dans le domaine de l’expertise. La part de plus en plus importante laissée à l’industrie dans les programmes de recherche conduit inévitablement à de graves dérives, et notamment à une carence et une opacité des évaluations sanitaire et environnementale, le temps que demandent ces évaluations n’étant pas compatible avec l’urgence des brevets et des profits, et la protection industrielle justifiant l’absence de communication des données brutes issues des analyses des risques.

De nombreuses associations sont alors nées de la volonté de leurs membres de protéger les consommateurs et l’environnement en veillant à d’éventuelles carences d’évaluation de nouveaux produits arrivant sur le marché. Ces organisations se situent donc à l’interface entre les organes d’évaluation et l’ensemble de la société civile, non pas comme médiateurs, mais comme boucliers chargés de protéger et de prévenir les citoyens d’éventuelles dérives dues à des évaluations trop précaires ou superficielles ainsi que comme organisme d’interpellation des décideurs. Des projets de recherche participative offrent l’opportunité à ces organisations de la société civile de jouer le rôle d’interlocuteur et de collaborateur auprès de scientifiques construisant des expériences liées à l’évaluation, pour qu’elles puissent en relayer les résultats auprès du grand public et des décideurs et se doter des éléments et arguments nécessaires à une éventuelle demande de révision des processus d’évaluation auprès des pouvoirs publics.

 

Un exemple d’un tel partenariat dans le contexte de l’expertise nous est donné par le projet participatif PICRI portant sur la question de l’équivalence en substance, principe sur lequel s’appuie l’évaluation de tous les OGM agricoles dans le monde (http://www.picri-ogm.fr) et le colloque international sur l »évaluation et la règlementation des OGMs et pesticides, organisé à Orsay les 12 et 13 novembres 2015 dans le cadre de ce projet PICRI (http://www.picri-ogm.fr/colloque.html).

[1]Gall E, Millot G, Neubauer C. 2009.http://sciencescitoyennes.org/wpcontent/uploads/2011/02/STACS_Final_Report.pdf

[2] http://www.sshrc-crsh.gc.ca/funding-financement/programs-programmes/cura-aruc-fra.aspx

[3] http://www.iledefrance.fr/competence/picri

[4]http://sciencescitoyennes.org

[5] http://xnet1.region-bretagne.fr/Recherche

 

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